Logo Campagne de Caux  
 
 
Situation
Carte Campagne de Caux
 
Agenda
 
 
Page d'accueilLa communauté de communeLes 22 communesNos compétencesNos servicesNos projetsTourisme et loisirsAgendaInteractif

Campagne de Caux > Tourisme & Loisirs > Eglises > AUBERVILLE-LA-RENAULT

AUBERVILLE-LA-RENAULT

Église d'Auberville-la-Renault

HISTOIRE(S) D’EGLISES

La première trace de la paroisse d’Auberville-la-Renault remonte au XIème siècle. A cette date un seigneur, nommé Richard, fils de Goscelin, donne l’église avec la dîme à l’Abbaye de Saint Georges de Bocherville, à l’époque où ce monastère n’est encore qu’une simple collégiale. Cette donation est confirmée par Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant et en 1131 par Hugues d’Amiens, archevêque de Rouen. Selon un aveu de 1680, l’Abbaye a encore les dîmes et le droit de présenter à la Cure. Toutefois selon une information faite en 1495, ce droit appartient au Duché de Longueville. LE Duc a d’ailleurs présenté plusieurs fois à la cure pendant le 17ème siècle. Il y présente néanmoins en 1649 en tant que Seigneur de Valmont. Le Pouillé de Rouen de l’an 1648 quant à lui marque que c’est le Duc D’Estouteville qui avait droit de présenter, mais l’information de l’an 1495 semble plus exacte. En 1738, c’est le roi qui détient ce droit.

Il est étonnant qu’au cours de son histoire féodale, jamais l’église n’ait été sous le patronage des seigneurs puis marquis de Thiboutot, grands seigneurs locaux.

Au XIème siècle, il existe donc une église primitive, sous le vocable de Sainte Hélène[1]. De cette église il ne reste rien, comme il ne reste rien des modifications/agrandissements/finitions réalisés au XIIIème siècle et qui étaient encore quelque peu visibles dans la nef dans la première moitié du XIXème siècle.

On sait peu de choses ensuite sur l’église et ce jusqu’à la fin du XVIème siècle, date qui marque le début de grands travaux de reconstruction. En effet, il faut savoir que de nombreuses églises du Pays de Caux ont connu de grands travaux au début et au milieu du XVIIème siècle. En effet, les Guerres de Religion (1562-1598), violentes dans notre contrée, ont largement marqué les édifices religieux : saccages,  dégradations faute de moyens (les seigneurs locaux avaient à financer la guerre[2]), …

A cette date donc, le chœur, ruiné, est complètement reconstruit en pierre blanche issue des carrières d’Auberville-la-Renault. Il présente les caractéristiques de son époque : fenêtres flamboyantes et travées voutées à l’intérieur. Aujourd’hui, le chevet est orné de nombreux graffiti[3].

Les travaux qui suivent concernent le clocher. Aucune trace ne nous permet de l’affirmer mais sa réédification au XVIIème siècle marque peut-être un changement de place. En effet, originellement beaucoup de clocher étaient placés entre la nef et le chœur et ont ensuite été déplacés en bas de la nef au XVIIème siècle. Ce genre de changement architectural est courant à cette époque et n’a justement rien à voir avec l’architecture. Il faut savoir en effet que la partie laïque d’une église (la nef) est à la charge de la Fabrique[4], tandis que la partie sacrée (le chœur) est à la charge de l’Eglise, ici le curé et les abbés de Boscherville. Seulement le clocher, placé entre ces deux parties pose souvent problème : quand des travaux sont à faire, qui doit payer ? D’autant plus quand ces travaux consistent en une reconstruction complète ! S’ensuivent souvent des procès[5] ou une décision radicale : si les paroissiens mettent la main à la poche, ils exigent le déplacement du clocher dans leur partie, c’est-à-dire en bas de la nef. C’est ainsi que de nombreux clochers du secteur se sont « déplacés » entre le XVIème et le XVIIIème siècle.

Les travaux sur le chœur ont pu induire ainsi un déplacement du clocher de l’église vers le bas de la nef. Il est édifié tout en pierre, la tour comme la flèche qui est une pyramide octogonale se terminant par une boule.

Le portail témoigne de cette époque avec ses colonnes encastrées qui ont surement supporté un fronton dans le style Renaissance.

Le 27 octobre 1730, l’église est le cadre d’une étonnante cérémonie pour l’époque : deux jeunes hommes, noirs, natifs de Guinée et que le marquis de Thiboutot a à son service, reçoivent le baptême. Ils ont pour parrain le marquis lui-même et son épouse.

La nef connait elle-aussi de grands travaux dans les années 1730, comme le prouve les dates 1737, 1738 inscrites sur les murs. C’est à cette époque que de nouvelles fenêtres viennent doubler les anciennes. On les voit sur le plan de 1823.

Avant 1780, le presbytère est construit. Il est typique de cette époque avec un plan rectangulaire et un niveau d’élévation. Il est installé au cœur d’une exploitation agricole du fait de la nécessité pour les occupants de vivre en autarcie. Au début du XIXème siècle, la commune entre en conflit avec le curé car elle souhaite détruire la grange, le grenier et transformer les autres bâtiments.

La Révolution ne semble pas avoir trop marqué l’église, puisque même la litre funéraire des seigneurs sera épargnée. En 1844, des armoiries sont encore visibles à l’extérieur de l’église. L’abbé Charles Dequane prête serment en 1797 et devient ainsi ministre du culte.

En 1823, on constate que la flèche du clocher est en mauvais état. Constituée de 32 assises, elle en présente 9, situées sur la partie haute du clocher, qui sont très endommagées, tout comme la boule de couronnement. Un plan est d’ailleurs constitué.

Ce plan est approuvé par le Préfet en 1824, afin que des travaux soient entrepris. Une toiture en ardoise est alors posée sur un plan octogonal.

Quant à la nef, fréquemment remaniée, elle est presque entièrement reconstruite en 1858[6]. De nouveaux matériaux sont utilisés : brique et silex avec des joints beurrés[7]. Les fenêtres sont reconstruites à l’imitation de celles du chœur avec un décor soigné. En effet, chaque fenêtre est différente et présente soit un pique, un carreau, un trèfle ou un cœur. Les anciens contreforts sont supprimés. Les travaux sont réalisés sous le mandat de M. LANCTUIT, cultivateur et maire de la commune[8], comme l’indique la plaque du mur sud.

Un certain LEFIEUX[9] a aussi dû participer aux travaux. Ce dernier a laissé son nom par au moins 2 fois sur l’église avec la date 1859. Compte tenu de la belle exécution du marquage ce dernier devait être un artisan. Probablement le maçon qui a fait les travaux.

Parallèlement, entre 1844 et 1877[10] le vocable de l’église change. Elle est désormais dédiée à Saint-Maclou.

En 1900, un calvaire est installé dans le cimetière.

En 1963, le progrès arrive dans l’église : les cloches sont électrifiées grâce à un financement conjoint de la paroisse et de la commune. L’inauguration se fait avec tout le village et en présence du maire, Jean Taconet et de l’abbé Jean Baillier.

 

Le cas de la sacristie :

On ne sait pas grand-chose sur cette sacristie, si ce n’est qu’elle existe déjà en 1825 car elle figure sur le cadastre napoléonien. Sa position, ses dimensions et son ancienneté[11] la font paraître plus qu’une sacristie, une chapelle. Faut-il y voir la chapelle Saint-André évoquée par Duplessis en 1741 ? Ce dernier dit lui-même que les informations s’y rapportant ne sont pas très exactes et ont souvent été confondues avec le personnat Saint-André d’Auberville-la-Manuel. Peut-être mais c’est peu probable. La carte de Cassini situe Estanville-Saint André plus au nord, sur Epreville.

Aucune archive ne nous permet d’affirmer avec certitude qu’il s’agit d’une chapelle. Il y a sûrement là matière à creuser et des choses à découvrir.

 

La chapelle funéraire :

Dans le cimetière, à droite de l’église, se dressait autrefois une petite chapelle[12] dont les fondations sont encore visibles aujourd’hui.

Il s’agissait de la chapelle funéraire des comtes d’Artivilliers. En effet, à partir du XVIIIème siècle, la pratique d’enterrer les seigneurs et personnages importants du village dans le chœur a cessé. Ceux-ci se sont donc fait construire des chapelles dans les cimetières.

Celle-ci a été construite à la fin du XVIIIème siècle en néo-gothique avec des décors en plâtre. Elle a été supprimée dans les années 60.

 

Les graffiti :

Graffito (graffiti au pluriel) provient de l’italien graffiare, griffer. Les graffiti sont donc des mots, des noms ou des dessins "griffés" dans un support tendre comme la pierre ou le bois, non destiné à cet usage au départ. Sur les murs des châteaux, des églises ou sur des rochers, tous sont fortuits : ils ont été gravés par des gens de passage en signe d’humeur ou de revendication, par désir de laisser une trace de leur passage, par acte religieux, … L’homme laissait ainsi une trace de sa présence, d’un moment de son existence et de sa personnalité, son métier, sa croyance, son opinion, sa passion…

Ainsi, depuis les années 19501 un intérêt particulier leur est porté car on a compris que ce sont des témoignages historiques d’anonymes, de gens des villages.

N’avez-vous pas eu, vous, l’envie un jour de graver le nom de votre cher(e) et tendre sur un arbre ?

Les premiers graffiti datent de la Préhistoire et l’habitude de graver les murs s’est poursuivie jusqu’au XIXème siècle avec une fréquence maximale aux XVIIe et XVIIIe siècles. Seulement par évolution des temps et de l’architecture, par l’intervention des guerres et la disparition de beaucoup de bâtiments, la plupart des graffiti dans nos régions ne remontent qu’au 16ème siècle pour les plus anciens. Cependant, il faut admettre qu’en dehors de l’inscription d’une date ou d’un nom identifiable dans les archives, il est très compliqué de dater précisément les graffiti.

L’église d’Auberville-la-Renault possède de nombreux graffiti. En effet, elle rassemble tous les opportunités pour en faire :

- le chœur date du XVIIème siècle

- elle a toujours été entourée d’un cimetière (or beaucoup de graffiti ont un lien avec les défunts),

- elle est construite avec de la pierre calcaire tendre (au contraire, les églises en pierre de Pétreval, beaucoup plus dure, ne comportent quasiment aucun graffito),

- à la campagne, mais proche de la Seine et de la mer, elle réunissait des paysans mais aussi des marins (grands pratiquants des graffiti en tant qu’ex-voto)

Les graffitis sont des marques réalisées soit à main levée (à portée de main d’un adulte debout, c’est dans cette position que se tenaient habituellement les auteurs) ; soit à l’aide d’un compas ; soit en décalquant avec un objet.

Il existe ainsi 3 types de graffiti :

1/marque d’un anonyme (religieux ou profane) ;

2/marque d’un tâcheron (= d’un artisan) : ces marques sont alors souvent hors de portée d’un adulte debout et sont parfaitement réalisées avec des outils ;

3/tombe relevée (généralement ces marques sont réservées aux églises, exception faite des tombes protestantes, situées dans les propriétés privées).

Quant aux thèmes gravés, ils sont très variés : une vingtaine de thèmes majeurs regroupent une soixantaine de types iconographiques2. L’ensemble est d’une grande homogénéité : les figures se retrouvent à l’identique dans des régions différentes, à des centaines de kilomètres de distance (Montenat & Guiho-Montenat 2003).

Inscription d'un bateau de seine sur l'église d'Auberville

Bateau de seine. On distingue bien les haubans.

L’inscription de bateaux sur une église peut avoir deux explications :

- soit c’est le remerciement d’avoir été sauvé ou la volonté d’être protégé d’un risque en mer

- soit c’est la volonté d’embarquer dans l’espoir d’une vie meilleure. En effet, au XVIIème siècle, de nombreux cauchois sont allés peupler les Antilles.

Représentation d'un moulin à vent sur l'église

Un moulin à vent. Cette représentation est fréquente sur les églises car les meuniers y venaient chercher la protection divine pour leur outil de travail.

Inscription d'un date sur l'église

Dates : 1789. On trouve aussi 1737, 1738.

Inscription d'un cadran solaire sur l'église

Cadran solaire : Ce genre de cadran n’est pas rare. Certains ont réellement servi : ce type de cadran est alors tracé avec soin et s’il est souvent tracé à main levée il est bien placé et assez juste. Par contre la multitude des autres ne risque pas de donner une quelconque indication de l'heure à moins d’un miracle ! Ils seraient donc là symboliquement pour marquer une attente ou la réminiscence d’un culte païen ?

Marquages de tâcheron sur l'église

LEFIEUX : Pour une part minimum des inscriptions il n’y a pas de mystère : ce sont des marquages de tâcheron. Ils sont assez facilement identifiables, souvent placés hors de portée d’un homme dépourvu d’échelle ou d’échafaudage (pas le cas ici), bien calligraphiés et faisant partie d’un texte se référant à leurs travaux, ici sûrement la personne qui a fait la nef (il y a représenté à côté un bâtiment en construction. Cette même inscription se retrouve à côté de LANCTUIT sur la plaque posée sur la nef.

Graffiti d'un calvaire, d'une croix et d'une échelle sur l'église

Calvaire, croix et échelle : ces graffiti sont liés aux morts et représentent des prières et des souhaits pour eux. Ainsi l’échelle symbolise la volonté de les voir accéder au paradis.

Les ronds sont des cercles ou rosaces, symboles de l'éternité, des cycles, du recommencement, de la perfection : on les retrouve seuls ou associés, encore une fois dans une symbolique inspirée par l’espoir.

Gravure de la lettre A sur l'église

Les A penchés ou avec double-barre horizontale ne sont pas des lettres mais des compas : ils ont probablement été gravés par des maçons ou artisans utilisant cet outil pour mesurer des distances.

Gravure du jeu de marelle sur l'église

Jeu de marelle : les jeux pratiqués sous l’Ancien Régime ont souvent une forte connotation religieuse, c’est pourquoi il n’est pas rare de les voir représentés sur les églises.

Ainsi, la marelle, comme le jeu de triple enceinte symbolise la JÉRUSALEM céleste : 3 carrés inscrits les uns dans les autres avec un foyer unique figurent les trois mondes : le monde terrestre, le firmament, et le monde divin. Cette triple enceinte, se retrouve, sous une autre forme dans la croix celtique ou la représentation du yin et du yang.

Représentation d'une potence sur l'église

Représentation d’une potence : ce graffiti est très intéressant car il témoigne de la vie quotidienne au-delà de la religion. En effet, il rappelle que les seigneurs de Thiboutot tenaient une cour de justice en leur château d’Alvémont dont les sentences étaient exécutées à Maniquerville. Le hameau de la Cour Souveraine tire son nom de cette cour.

« Si un souhait peut être exprimé, c'est celui d’attirer l’attention des historiens locaux ; des élus, des curieux, afin que ce modeste patrimoine issu de la population historiquement anonyme soit un peu préservé et révélé. Si quelques réactions sont suscitées et, que de nouvelles "pierres" sont amenées à l’édifice nous serons particulièrement heureux d’enrichir notre connaissance et de la faire partager ».

 

L’INTÉRIEUR

En pénétrant dans l’église, on est accueilli par Notre-Dame de Lourdes à gauche et Sainte Antoine de Padoue à droite. Ce sont des statues du début du XXème siècle en plâtre peint. Ce sont des saints que l’on retrouve dans quasiment toutes les églises cauchoises, en particulier Saint Antoine, très prié dans le Pays de Caux et pas seulement pour retrouver des objets perdus, comme l’indique l’adage « Saint Antoine de Padoue, Saint Antoine de partout, Saint Antoine pour tout ». Les plaques votives et de remerciements montrent bien l’attachement à ces saints.  

Ce que l’on remarque en premier quand on pénètre dans la nef c’est la charpente. En forme de coque de bateau retournée, elle est une des seules du secteur à être à la fois peinte et décorée. Elle permet de se rappeler que nos églises n’étaient pas autrefois blanchies à la chaux  et/ou en matériau brut. Au contraire, elles étaient colorées, décorées, … Choses que le XIXème siècle a généralement fait disparaître.

A l’entrée de la nef, montrer les traces de litre funéraire. La litre est une bande noire d’environ 60 cm de hauteur peinte lors des funérailles d’un seigneur à l’intérieur et l’extérieur de l’église et sur laquelle se détachaient ses armoiries. En 1844, cette litre était toujours visible à Auberville.

A gauche, le confessionnal est du XVIIIème siècle. Les fonts baptismaux, à côté, présentent deux parties : la partie inférieure est ancienne et doit très probablement remonter au XIVème siècle. La partie haute est beaucoup plus récente et est venue remplacer une partie endommagée. Les cuves en zinc (ou plomb) sont toujours là.

A droite, il y a une bannière de procession dédiée à la Vierge. Ces bannières étaient sorties à l’occasion des pèlerinages, des fêtes, des missions, … qui avaient lieu dans la paroisse.

En remontant la nef, on constate que les vitraux sont blancs sauf ceux situés à côté des autels latéraux qui eux présentent des losanges avec des motifs floraux, notamment des quintefeuilles (fleur à cinq pétales).

Le chemin de croix a été posé en 1900[13]. Il est l’œuvre de l’atelier Chantrel.

De chaque côté, deux statues doivent retenir l’attention : il est souvent difficile d’identifier les saints évèques. Celui de gauche, avec la main droite bénissant et la gauche qui a dû tenir une crosse, est probablement Saint Marcou[14]. En face, il doit s’agir de Saint-Méin[15].

Évèque Saint MarcouÉvèque Saint Mein             

Saint Marcou                                                       Saint Mein

 

Ces statues en bois polychrome datent du XVème siècle. Ces deux saints, que l’on retrouvera un peu plus loin dans l’église, ont longtemps été l’objet de deux pèlerinages. En effet, Mein étaient réputés contre les « gratelles et les roignes » (maladies de peau) et Marcou (le 4 mai) contre les écrouelles et par extension les furoncles et les abcès. L’un attirait 500 pèlerins, l’autre de 1000 à 1200.

Ces pèlerinages étaient très codifiés et les pèlerins s’équipaient d’un livre, généralement réalisé par une confrérie locale, pour savoir comment procéder. Ainsi il existait le livre « Pèlerinage à Saint marcou et Saint Mein d’Auberville-la-Renault. Vies et confréries, instruction, neuvaine de Saint Mein et de Saint Marcou dont le culte est en très grande vénération dans l’église d’Auberville-la-Renault ». Ce livre a été de nombreuses fois édités : 1834, 1848, 1868, 1894 … et on peut imaginer qu’il en existait avant cela.

On y apprend que pour se faire soigner, le malade devait faire embrasser son membre malade, son furoncle, … par la statue. Cela devait être cocasse, d’autant que cela se passait dans une ambiance festive : compte tenu de l’afflux de personnes, marchands de souvenirs religieux (médailles, eau bénite, …) et stands de petite restauration (boulangers, …) faisaient également le déplacement. Pour l’occasion, on donnait plusieurs messes : Pèlerinage à Saint Marcou : messes basses à 6h30, 7h, 7h30 et 8h puis messe solennelle à 9h.

Cette façon de procéder des pèlerins explique sûrement deux choses :

                - le remplacement de ces statues anciennes par des statues plus récentes à la fin du XIXème siècle (elles doivent être concomitantes de la reconstruction de la nef en 1858). Ces grandes statues, inatteignables devaient être là pour stopper la pratique de l’embrassade jugée pas très hygiénique. Ce sont celles situées autour de l’autel latéral droit.

Statues de Saint-Marcou et Saint-Mein

Saint-Marcou à gauche

Saint-Mein à droite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    - leur caractère mobile : autrefois ces deux statues n’étaient pas accrochées au mur mais étaient simplement posées afin d’être facilement transportables[16]. Autour des années cinquante, sur une photo de l’intérieur de l’église, on les trouve justement à l’entrée du chœur, posées sur les stalles des seigneurs. Faciles d’accès, elles ont dû être encore longtemps « embrassées » malgré l’ajout des autres statues.

 

Avant d’arriver aux autels latéraux, à gauche il y a la chaire. Datant du XVIIIème siècle, elle fait partie du même ensemble que le confessionnal. On y retrouve les mêmes décors. Dans nos églises rurales, nombreux sont les confessionnaux et les chaires venus d’églises disparues après la Révolution, de Fécamp notamment, ou chapelles d’hôpitaux. Ici aucune archive ne mentionne cela.

A droite, il y a une statue du Sacré Cœur de Jésus (plâtre peinte de la fin du XIXème, le culte du Sacré Cœur s’est développé à partir de 1856) puis une de Sainte-Thérèse (début XXème siècle, plâtre peint).

Les deux autels latéraux, en bois, sont du XVIIIème siècle. Celui de gauche est dédié à la Vierge et plus largement à la Sainte-Famille puisqu’elle est accompagnée de Joseph et de Jésus. Celui de droite est dédié, comme nous l’avons vu précédemment à Saint Marcou. Les statues sont situées dans des niches créées en 1858.

 

Quand on pénètre dans le chœur, il vous faut lever les yeux pour en admirer les belles voûtes aux ogives élégantes formées de colonnettes. Elles divisent le chœur en 3 travées plus une abside.

A l’origine, les bancs seigneuriaux, aujourd’hui placés entre la troisième travée et l’abside, étaient à l’entrée du chœur, à mi-chemin entre la partie profane et la partie sacrée de l’église. Ils y accédaient directement par une porte latérale encore visible à droite.

En remontant le chœur à gauche, les vitraux :

                - vie de Saint-Maclou[17] : Saint-Maclou bâtissant la cathédrale d’Aleth (Saint-Servan aujourd’hui annexé à Saint-Malo), dont il est le premier évêque.

                - Saint Louis rendant justice sous son chêne (1880)

                - Saint-Jeanne d’Arc brulée sur le bucher à Rouen.

Les vitraux à droite :

                - Le vitrail indique Saint Eugeni[18], pourtant rien dans ce vitrail ne rappelle sa vie. Peut-être alors, qu’il s’agit d’un passage de la vie de Saint-Maclou quand celui-ci évangélise la Bretagne.

                - Vitrail non identifié : Martyr d’un saint évêque.

                - Vitrail représentant Sainte-Hélène et son fils l’empereur Constantin. C’est le seul témoignage de l’ancienne dédicace de l’église à Sainte-Hélène.

Les 4 premiers vitraux ont été réalisés entre 1880 et 1885 par l’atelier ADG. Les deux autres ont été faits par Charles Simon actif à la fin du XIXème siècle et au début du XXème.

 

Dans l’abside on trouve encore l’ancien autel majeur[19], donné par la Comtesse d’Artivilliers en 1891, comme l’indique la plaque.

Un des vitraux les plus anciensIl est surmonté d’un vitrail réalisé par A. Lusson et représentant la Jeunesse de Jésus entouré de son père Joseph et de sa mère Marie.

C’est un des vitraux les plus anciens du secteur. Il date de 1867.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 SOURCES :

Michel Toussaint Chrétien DUPLESSIS, Description géographique et historique de la Haute Normandie Tome 1, Paris, 1741.

Abbé COCHET, Répertoire archéologique du Département de Seine-Inférieure, Gérard Monfort, 1871.

Abbés Bunel et Tougard, Géographie de la Seine Inférieure, Arrondissement du Havre, 1877.

A. E. LECHEVALIER, Notes pour servir à l’histoire des communes du canton de Goderville, Gérard Monfort, 1908 ; Archives Départementales de Seine-Maritime

La semaine religieuse de Seine-Inférieure, périodique La vie Diocésaine.



[1] Ou sainte Colombe selon les sources. Ce vocable est toujours d’actualité en 1844 (abbé Cochet).

[2] C’est ainsi que de nombreuses familles nobles vont se retrouver ruiner au début du XVIIème siècle, laissant ainsi place à une nouvelle noblesse, souvent de riches bourgeois ayant racheté terres et charges aux familles ruinées et devenus ainsi eux-mêmes nobles. Ces achats permettant l’anoblissement étaient alors appelés des « savonnettes à vilains ».

[3] Expliqués par la suite.

[4] Groupement de paroissiens qui a en gestion les biens de l’église.

[5] A Bréauté, celui-ci dura une centaine d’année !

[6] On voit bien la jonction imprécise entre le clocher et la nef.

[7] Joints carrés et saillants, entourant le silex.

[8] Ce maire était un amoureux des belles pierres et de l’histoire. On retrouve régulièrement son nom comme membre de la Commission des Antiquités de Seine-Inférieure et autres sociétés savantes.

[9] Ce n’est pas le maire.

[10] Peut-être à l’occasion de la reconstruction de la nef en 1858 ?

[11] La présence de brique de Saint Jean la fait remonter au moins au XVIIIème siècle, voir plus probablement le XVIIème siècle. Ce qui est sûr c’est qu’elle ne date ni de la reconstruction du chœur ni de celle de la nef, compte tenu de la différence de matériaux (la nef est en brique industrielle), et des raccordements avec l’édifice qui ne sont pas nets.

[12] Voir sur la carte postale jointe.

[13] Voir texte en annexe

[14] Saint Marcoult ou Marcoul, Marcouf, Marcou, Marculf (490 - 558) a vécu au VIe siècle et fut le fondateur de l'abbaye de Nanteuil près de Coutances en Normandie. Il est né à Bayeux dans le Calvados actuel. Devenu orphelin, il fut instruit par l’évêque saint Laud ou Lô de Coutances qui l'ordonna prêtre. Il s’installa alors, avec une petite communauté, à l’est du Cotentin et évangélisa les populations alentour. Il est vénéré à Corbeny (Aisne) où son corps a été transporté en 898 pour le soustraire aux raids des Vikings. En Normandie, il est vénéré à Saint-Marcouf dans la Manche (Saint-Marcouf-de-l’Isle), aussi à Saint-Marcouf dans le Calvados (Saint-Marcouf-du-Rochy), mais aussi à Gouville-sur-Mer, ou encore à Honfleur où il a sa statue (bois du XVIIe siècle) dans l’église Sainte-Catherine. Les reliques de saint Marcouf avaient la réputation de guérir des écrouelles (scrofules). Pour remercier le roi Childebert Ier d’avoir fourni aux moines de saint Marcouf le refuge de Corbeny, la légende dit que le saint fut doté de la grâce de transmettre ce pouvoir aux rois de France. Cette croyance est à l’origine du pèlerinage effectué par les rois de France à Corbeny le lendemain de leur sacre à Reims. Ils l’effectuaient en personne ou envoyaient leur chapelain.

[15] Saint Méen (Saint Main, Saint Mein), premier abbé du monastère de Gaël, né vers 540 dans le pays de Galles, qui participa à l'évangélisation de la Bretagne et mourut le 21 juin 617.

[16] Voir photo jointe

[17] Saint Maclou ou saint Malo (Sant Maloù en breton), dit aussi Malo d'Aleth, encore appelé en latin Maclovius ou Machutus. Il serait né dans l'actuel comté de Glamorgan, au pays de Galles, et serait mort à Archingeay (Saintonge) un 15 novembre vers 620 ou 640 ou 649. Il aurait été le premier évêque d'Aleth (actuellement Saint-Servan, ancienne commune aujourd'hui annexée à Saint-Malo en Bretagne). Il est l'un des sept saints fondateurs de Bretagne continentale. Il est fêté le 15 novembre (Calendrier des saints bretons). La ville de Saint-Malo est une étape du pèlerinage médiéval des sept saints de Bretagne appelé Tro Breizh (Tour de Bretagne).

[18] Fille d'un gouverneur, elle se promène avec deux de ses valets lorsqu'elle entend une prédication et des chants qui la ravissent. Elle décide alors de rejoindre les chanteurs, qui sont des moines, et de mener leur vie. Pour cela, elle se fait couper les cheveux, revêt des habits d'homme et prend le nom d'Eugène. Elle acquiert une grande renommée au sein du monastère, notamment par son pouvoir de guérir les malades.

Apprenant cela, une femme nommée Mélanthia, gravement malade, la fait venir chez elle. Eugènie la guérit, mais Mélanthia, persuadée d'avoir un homme en face d'elle, souhaite la récompenser en lui offrant ses charmes. Bien entendu Eugénie refuse, et la dame, humiliée, la fait traîner devant le tribunal en l'accusant d'avoir voulu la violer.

Près d'être jetée aux lions, en présence du gouverneur Philippe qui est son père, Eugénie décide de révéler la vérité : elle déchire sa tunique, montrant à la foule un sein qui n'a rien de masculin. Son père la reconnaît, et l'affaire s'arrête là.

Mais l'empereur Valérien a repris les persécutions contre les chrétiens. Eugénie est à nouveau arrêtée et condamnée à mort. Comme beaucoup d'autres saints, elle va subir sans dommages diverses épreuves telles que le bûcher ou l'immersion avec un gros bloc de pierre attaché à ses pieds. En désespoir de cause, on décide de lui trancher la tête.

[19] L’autel face au fidèle va apparaitre très récemment. En effet, dans ses Directives pratiques sur le renouveau liturgique et la disposition des églises, la Commission épiscopale de liturgie de juillet 1965 indique que l’autel majeur doit être séparé du mur pour qu’on puisse facilement en faire le tour et célébrer face aux fidèles. Cette réforme, voulue par Vatican II, va bouleverser l’intérieur des églises en faisant « apparaître » un nouvel autel.



Document(s) disponible(s)

 
     
 

Communauté de Communes
Campagne de Caux
Zone d'Activité
Route de Bolbec
76110 Goderville

Tél : 02 35 29 65 85
Fax : 02 35 29 06 06
Courriel : contact@campagne-de-caux.fr