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Campagne de Caux > Tourisme & Loisirs > Eglises > SAUSSEUZEMARE-EN-CAUX

SAUSSEUZEMARE-EN-CAUX

Église de Saussazemare-en-Caux

HISTOIRE(S) EGLISES SAINT ETIENNE

La première trace de la paroisse de Sausseuzemare, alors sous le nom de Salicosa Mara[1], remonte à 1278. A cette date, ce qui n’était qu’une simple chapelle annexée à Goderville, et sous l’autorité de l’abbaye de Fécamp, est érigée en paroisse distincte dédiée à Saint Etienne. S’ensuit un procès tenu à Montivilliers entre le roi et l’abbé de Fécamp qui réclament chacun le droit de patronage[2] sur la nouvelle paroisse. Le roi gagne contre l’abbé de Fécamp. Cependant, le fief de Sausseuzemare étant passé aux mains d’Hugues de Biville, chambellan[3] de France, celui-ci le revend à l’abbaye de Fécamp accompagné du droit de patronage ainsi que du droit de suzeraineté. Le roi n’est donc plus le suzerain de la paroisse qui ne relève que de l’abbaye de Fécamp.

L'église de Saussezemare avant se reconstructionOn sait peu de choses ensuite sur l’église et ce jusqu’en 1651, date qui marque le début de grands travaux de reconstruction. En effet, il faut savoir que de nombreuses églises du Pays de Caux ont connu de grands travaux au début et au milieu du XVIIème siècle. En effet, les Guerres de Religion (1562-1598), violentes dans notre contrée, ont largement marqué les édifices religieux : saccages,  dégradations faute de moyens (les seigneurs locaux avaient à financer la guerre[4]), …

C’est une catastrophe qui amène à ces grands travaux : en effet, le 20 juin[5] 1651 la tour du clocher, placée alors entre la nef et le chœur s’effondre sur le chœur qui est lui aussi détruit, si bien que le Saint Sacrement est déposé à l’église de Crétot.

Le vicaire de la paroisse, Robert Jourdain, présente alors une requête aux religieux de Fécamp pour faire rétablir le chœur de l’église, « le service divin ne peut être continué, les scierges ne pouvant demeurer allumés ».

En tant que décimateurs[6] les religieux de Fécamp sont tenus de réparer le chœur, ce qu’ils font sans doute, car la fenêtre terminale à ogive semble dater de ce temps. L’église reprend alors ses offices même si le clocher n’a, lui, pas été reconstruit.

Les 14 et 28 novembre 1685, une dizaine de protestants abjurent leur foi[7] dans l’église de Sausseuzemare. 6 autres le font à Bréauté. Ces chiffres cachent cependant une réalité tout autre : plus de 12 familles protestantes préfèrent s’exiler plutôt qu’abjurer. Ces familles sont généralement « de bons laboureurs », c’est-à-dire possédant des fermes de bonne taille ou des artisans. Leur départ va bouleverser considérablement la vie de la commune quelques mois, avant que leurs biens, confisqués, soient redistribués.

Faut-il voir dans ces bouleversements l’explication du mauvais état de l’église constaté par l’archevêque dans sa visite du 26 septembre 1687 ? En effet, il remarque que le clocher n’est toujours pas rebâti, que les vitres de la nef sont toutes cassées et que les objets liturgiques ainsi que les vêtements ne sont pas entreposés correctement. Il permet donc au curé, Claude Barrier, de rapprocher l’autel vers la nef, de sorte de gagner de la place au fond du chœur pour y aménager une sorte de sacristie.

L’archevêque constate également qu’il n’y a pas que l’église qui est en mauvais état. Il semble en effet que les paroissiens ne soient pas très assidus à la messe. L’archevêque a ainsi dû faire un discours pour interdire aux habitants de passer le jour de leur fête à danser et à jouer comme ils ont coutume de le faire et pour les exhorter à sanctifier les jours ordonnés par l’Eglise.

Suite à la visite, les vitres de la nef sont remplacées. Mais en 1708, l’église n’est pas encore complètement réparée : il reste à plafonner la nef et à rebâtir le clocher. Bien que ce dernier soit indiqué « tout prêt à être élevé » par l’archidiacre, ce n’est qu’en 1710 que les travaux débutent réellement. La situation est, entre ces deux dates, étonnante. Imaginez-vous qu’une des deux cloches[8] est alors pendue entre deux arbres du cimetière !

Michel Heuzé maçon, reçoit 137 livres pour l’ouvrage de maçonnerie de la tour du clocher. Charles Badais fournit 220 pieds de pierre, issue d’une carrière de Sausseuzemare et Charles Epommare, charpentier, fait le comble et le beffroy. On y installe la petite cloche et Jacques Buret en fond une grosse en 1711 pour 93 livres.

Ce qui est à noter, c’est que le clocher change alors de place. Originellement placé entre la nef et le chœur (sinon comment aurait-il pu tomber sur le chœur), il est déplacé en bas de la nef. Ce genre de changement architectural est courant à cette époque et n’a justement rien à voir avec l’architecture. Il faut savoir en effet que la partie laïque d’une église (la nef) est à la charge de la Fabrique[9], tandis que la partie sacrée (le chœur) est à la charge de l’Eglise, ici le curé et les abbés de Fécamp. Seulement le clocher, placé entre ces deux parties pose souvent problème : quand des travaux sont à faire, qui doit payer ? D’autant plus quand ces travaux consistent en une reconstruction complète ! S’ensuivent souvent des procès[10] ou une décision radicale : si les paroissiens mettent la main à la poche, ils exigent le déplacement du clocher dans leur partie, c’est-à-dire en bas de la nef. C’est ainsi que de nombreux clochers du secteur se sont « déplacés » entre le XVIème et le XVIIIème siècle.

La particularité de la tour du clocher de Sausseuzemare est d’être construite entièrement en pierre de taille et en silex. Il est ainsi unique dans le secteur.

Avant la Révolution, la paroisse de Sausseuzemare accueille un curé haut en couleur : l’abbé Delanoé. Ce dernier a un certain penchant pour l’alcool et se distingue auprès de sa hiérarchie pour avoir, à plusieurs reprises, aidé des receleurs d’eau-de-vie. Ainsi en 1788, il fournit un certificat pour un certain Bredel, maréchal-ferrant à Ecrainville. Ce dernier est accusé par les employés des aides de revendre l’alcool qu’il touche en tant que provisionnaire[11]. Il avait en effet consommé 80 litres d’alcool en 2 mois ! Ce certificat attestait que Bredel donnait 2 verres d’eau-de-vie à ses 4 employés tous les jours et que surtout il avait inventé un médicament pour les chevaux à base d’eau-de-vie. Seulement, la réputation du curé Delanoé étant connue[12], le certificat est déclaré nul et Bredel dut payer son amende.

L’abbé Delanoé n’en oublie pas moins ses devoirs et a fait beaucoup pour la paroisse. C’est lui qui, à ses frais, fait construire le presbytère en 1790. Seulement, ne voulant pas prêter serment, il s’exile en Angleterre en 1792.

L’église de Sausseuzemare-en-Caux n’est toutefois pas ravagée à la Révolution. La nappe ne quitte jamais l’autel, aussi les autels de pierre sont restés intacts jusqu’en 1835. Mais à cette époque on les abandonne, ainsi que l’arcade du chœur, à Danton, maçon de Goderville, qui les démolit pour les matériaux et en tira plus de 400 francs.

En 1900, la charge de la paroisse de Sausseuzemare-en-Caux revient à l’abbé Joseph du Belloy de Saint Lienard qui s’installe au presbytère avec son père et sa sœur. Très impliqué dans la vie de sa paroisse, dont il sera curé pendant 32 ans, c’est lui qui fait bâtir et décorer, à ses frais, au sud de la nef, la chapelle de la Vierge en 1902. Elle vient compléter un transept commencé par une chapelle située au nord de la nef[13]. L’église prend alors définitivement la forme d’une croix latine.

La sacristie date de la même époque. C’est aussi l’abbé du Belloy qui fait poser la statue de la Vierge au-dessus du chevet plat.

A l’époque, la paroisse compte encore un Suisse, le Pé Lepiller et un bedeau, le Pé Jérémie. Les bancs sont encore loués à l’année, 5 francs, et un pèlerinage à Saint Onuphre bat son plein tous les ans[14].

La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, se passe, à l’image de la Révolution, plutôt bien. L’abbé du Belloy n’oppose aucune résistance à l’inventaire des biens d’églises ordonné par l’Etat. Alors que plusieurs paroissiens étaient décidés à l’annonce de l’Inventaire à « défendre » leur église par la force, seule une quinzaine de personnes est présente le jour de l’inventaire fait par M. Garrigou, percepteur de Goderville. Et seul un brave homme lancera à ce dernier qu’il « aimerait mieux être à man pain trâcher (chercher) que de faire l’métier que vous faîtes ! ».

Camille Robert Désert, nous raconte, dans la Rue d’Enfer, que « malgré la médiocrité de ses ressources, l’abbé Du Belloy n’en réussissait pas moins à donner beaucoup d’éclat aux fêtes religieuses ». Pour l’Adoration perpétuelle, il envoyait les enfants chercher de la mousse sur les talus d’Auberville-la-Renault et la faisait clouter à des planches de bois. Au milieu, il plaçait des « rangées de bougies dont les mèches étaient reliées par un cordon imprégné de poudre chloratée ». Les planches étaient ensuite accrochées autour des fenêtres et du maître-autel. « A la première note du Sanctus, on mettait simultanément le feu aux divers cordons et l’église tout entière s’illuminait ! ».

Église rénovéeDans les années 1970, l’église connaît d’importants travaux qui voient la démolition de la chapelle nord du transept, déjà très endommagée.

L’église a connu des travaux de rénovation (notamment de toiture) ces quinze dernières années. Elle peut ainsi présenter une belle harmonie extérieure : un clocher, une nef et un chœur en appareillage de silex irréguliers et chaînage de pierre blanche, le tout surmonté d’une toiture en ardoise. C’est la seule église du secteur à être entièrement construite en pierre et silex. Seules la chapelle et la sacristie, du début du XXème siècle présentent de la brique rouge (industrielle).

 

 

L’INTÉRIEUR :

Vu de l'entrée de l'église

Quand on pénètre dans l’église, ce que l’on remarque en premier c’est le plafond du porche (ou narthex). En bois, il présente une belle décoration en caisson avec losange, une des rares du secteur, le tout posé sur des colonettes. Ce décor est à la mode de la Renaissance, au Baroque et au XIXème siècle (dans le néo-classique). Cela correspond bien à la date de construction de la tour-clocher (1710).

On peut prendre également du temps pour observer les murs de la nef. On constate qu’ils s’écartent. En effet, des travaux sont probablement venus ôter les étais (poutres en forme de T inversé, en bois, qui stabilisaient la charpente en berceau et exerçaient des forces vers l’intérieur au niveau des murs), jugés souvent disgracieux et obscurcissant la nef. Ce phénomène « habituel » (Grainville-Ymauville, Gonfreville-Caillot, Vattetot-sous-Beaumont), d’autant plus courant que nos églises ne sont pas voûtées en pierre mais charpentées en berceau en bois (coque de bateau à l’envers), a conduit au même problème partout : l’écartement des murs.

L’église est longue : 4 travées pour la nef, 2 pour le transept et 2 pour le chœur. Ce dernier fait 10 mètres de long., l’église environ 33 mètres dans son ensemble.

 

LES VITRAUX :

L'un des vitraux de l'égliseUn autre des vitraux de l'église

ils sont réalisés principalement au XXème siècle. Trois ateliers sont identifiables : Gaudin (nef), Devisme et Boulanger (chœur). Ces deux derniers ateliers, rouennais, ont beaucoup travaillé dans les églises du secteur : Vattetot-sous-Beaumont, Saint-Maclou-la-Brière et Mentheville pour le premier et Bretteville-du-Grand-Caux, Ecrainville, Manneville-la-Goupil et Vattetot-sous-Beaumont pour le deuxième.

 

LE RETABLE : il s’agit d’un ensemble en bois peint et doré datant du XVIIème siècle (sûrement de la même époque que la réfection du chœur).  Le retable est la pièce majeure du mobilier d'une église de la Contre-réforme[15] (1545-1563, Concile de Trente). Situé au-dessus de l'autel, il orne le centre liturgique de l'église ou de la chapelle. La Contre-Réforme, attachée à défendre la présence réelle et le sacrement de l'Eucharistie, lui associe le tabernacle, précieuse armoire ouvragée qui abrite les espèces consacrées. Elle préconise aussi la mise en valeur des maîtres-autels : situés dans l'axe de la nef et parfaitement visibles, ils facilitent la participation des fidèles aux offices ; leur somptuosité, qui passe souvent par une étroite collaboration entre les arts, participe de la glorification du culte.

L'apport original du XVIIe siècle est le développement d'un type de retable monumental déployant des mises en scène théâtrales. Mais les solutions retenues varient selon les pays et les artistes. La France affectionne longtemps les grands retables architecturés, adossés au chœur et conçus à l'imitation de façades d'églises, avec registres superposés, répertoire des ordres, frontons et volutes, niches à statues encadrant des tableaux. 

Le retable de Sausseuzemare appartient à ces retables : il présente un « pavillon » central surmonté d’un entablement posé sur deux colonnes corinthiennes, le tout flanqué de deux pavillons latéraux imitant des niches à statues. Cela ressemble fort à une façade d’édifice, impression renforcée par les pots à feu (pots d’où sortent des flammes) et les volutes, décors très répandus dans l’architecture baroque.

LES DÉTAILS DE L’INTÉRIEUR SONT SUR LE PLAN JOINT

 

 

 

SOURCES :

Abbé Cochet, Les Eglises de l’Arrondissement du Havre, vol. 2, Ingouville, 1846.

Abbé Cochet, Répertoire archéologique du Département de Seine-Inférieure, Montfort, 1850.

A. E. Lechevalier, Notes pour servir à l’histoire des communes de Goderville, Gérard Montfort, 1908.

Base Palissy du Ministère de la Culture.

Camille Robert Désert, La Rue d’Enfer, 1972.

Sausseuzemare-en-Caux - Eglise Saint-Etienne - Fiche réalisée en 2006 pour les Eglises de nos villages se racontent.

Mme DAMLOUP



[1] Signifiant la mare sausseuse, la mare aux saules

[2] Droit de Patronage : au haut Moyen Âge de nombreux seigneurs s'adjugèrent le droit de désigner les desservants des églises. Avec la réforme grégorienne, de nombreux laïcs rétrocédèrent ce droit à l'Église souvent au profit d'abbayes et de monastères.

[3] Un chambellan (camerarius en latin) est un gentilhomme chargé du service de la chambre d’un monarque ou d'un prince, à la cour duquel il vit.

[4] C’est ainsi que de nombreuses familles nobles vont se retrouver ruiner au début du XVIIème siècle, laissant ainsi place à une nouvelle noblesse, souvent de riches bourgeois ayant racheté terres et charges aux familles ruinées et devenus ainsi eux-mêmes nobles. Ces achats permettant l’anoblissement étaient alors appelés des « savonnettes à vilains ».

[5] Après cette date, tous les baptêmes de la commune ont lieu à Ecrainville.

[6] Le décimateur était, sous l'Ancien Régime, celui (individu ou communauté) qui avait le droit de lever la dîme (impôt en nature prélevé par l'Église sur les productions agricoles).

[7] Suite à la Révocation de l’Edit de Nantes le 18 octobre 1685.

[8] La plus petite, fondue en 1701 par Gabriel Buret, l’autre étant cassée.

[9] Groupement de paroissiens qui a en gestion les biens de l’église.

[10] A Bréauté, celui-ci dura une centaine d’année !

[11] Il faut savoir que les laboureurs avaient le droit de s’approvisionner d’eau-de-vie (mais seulement pour leur consommation familiale) au lieu de l’acheter chez les débitants qui la vendaient, en raison des droits supplémentaires, 3 livres et 12 sous le pot (le pot normand vaut 2 litres). Si donc un « provisionnaire » consommait une quantité exagérée d’alcool, les employés des aides pouvaient le soupçonner de vendre « à muchepot » et verbalisaient contre lui.

[12] En 1785, il avait déjà fourni un certificat pour un certain Chicot de Bretteville pour attester que ce dernier possédait un remède contre les fièvres dans lequel il faisait entrer l’eau-de-vie et qu’il avait médicamenté sa gouvernante.

[13] On ne sait pas de quand date la chapelle nord du transept. Elle figure sur le cadastre napoléonien de 1824 (voir plan). Ce même plan n’indique pas de chapelle sud. Le transept était donc bien tronqué jusqu’à l’ajout de la chapelle de la Vierge.

[14] Témoignage de Camille Robert Désert dans La Rue d’Enfer.

[15] La Contre-Réforme est le mouvement par lequel l'Église catholique romaine réagit, dans le courant du XVIe siècle, à la Réforme protestante.



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